La thérapie par le transgénérationel
Florence RosenbergerPartager
L’importance du transgénérationnel en début de parcours personnel.
Commencer un parcours personnel, c’est souvent partir à la rencontre de soi. Mais cette rencontre n’est jamais une terre vierge : chacun porte en lui une histoire plus vaste que la sienne, une trame invisible faite des expériences, des blessures, des rêves et des silences des générations précédentes. C’est ce que l’on nomme le transgénérationnel. Le prendre en compte dès le début d’un travail sur soi n’est pas une option secondaire : c’est un passage fondamental pour comprendre d’où l’on vient, ce que l’on porte, et ce que l’on souhaite continuer, ou arrêter, de transmettre.
Héritages invisibles et fidélités inconscientes
Nous héritons bien plus que des traits physiques ou des biens matériels. Nous recevons également un patrimoine émotionnel, symbolique et psychique, souvent transmis inconsciemment. Des peurs, des croyances, des attitudes face à la vie ou à l’amour, des façons d’être au monde se perpétuent de génération en génération, parfois à notre insu.
Ainsi, une personne qui a du mal à s’autoriser le succès peut, sans le savoir, être fidèle à un ancêtre qui a tout perdu, ou à une lignée où la réussite était associée à la culpabilité. Une autre peut vivre une angoisse inexpliquée à l’idée d’avoir des enfants, réactivant la mémoire d’une perte ou d’un drame familial oublié.
Ces loyautés invisibles, comme les appelle le thérapeute Ivan Boszormenyi-Nagy, nous relient à notre famille par des fils d’amour et de culpabilité. Elles traduisent une forme de solidarité inconsciente avec ceux qui nous ont précédés : nous tentons de réparer, de compenser, ou de rejouer ce qui n’a pas pu être dit ou vécu. Comprendre cela permet d’éclairer bien des répétitions et de donner du sens à nos blocages.
Le transgénérationnel : une clé de compréhension de soi
Dès le début d’un parcours personnel, explorer le transgénérationnel aide à situer sa propre histoire dans une continuité. Trop souvent, nous pensons nos difficultés comme purement individuelles : “je suis comme ça”, “je n’y arrive pas”, “je répète toujours la même chose”. Mais en élargissant la perspective, on découvre que nos comportements prennent racine dans des contextes plus anciens.
C’est un peu comme regarder une tapisserie de plus loin : les motifs qui semblaient chaotiques finissent par révéler une cohérence. En travaillant sur les histoires familiales, sur les dates, les prénoms, les non-dits, on met en lumière des résonances entre les vies. Certains événements se répètent à intervalles réguliers, certaines blessures se réactualisent d’une génération à l’autre jusqu’à être reconnues.
Prendre conscience de cela ne revient pas à accuser nos ancêtres, mais à retrouver notre liberté face à ce que nous portons. Ce travail permet d’identifier ce qui nous appartient en propre, et ce qui relève d’un héritage que nous pouvons choisir de transformer.
Le poids des secrets et le pouvoir de la parole
Les secrets de famille sont souvent au cœur du travail transgénérationnel. Ce qui n’a pas été dit, ce qui a été caché — une naissance illégitime, une faillite, un deuil, une trahison — ne disparaît pas : cela continue de vivre dans le corps et dans l’inconscient des descendants. La psychogénéalogie, popularisée par Anne Ancelin Schützenberger, a largement montré combien le silence pèse, et combien la parole libère.
Mettre des mots sur ce qui a été tu permet de rendre à chacun sa place et son histoire. En début de parcours personnel, cette reconnaissance constitue un véritable acte fondateur : elle ouvre un espace où l’on peut se réapproprier sa vie, au lieu de la subir. Nommer, raconter, comprendre : autant d’actes de guérison qui réparent les fractures du passé et évitent leur répétition.
Retisser le lien entre passé, présent et avenir
Travailler sur le transgénérationnel, c’est aussi réinscrire son existence dans une chaîne de transmission vivante. En comprenant ce que nous avons reçu, nous devenons plus conscients de ce que nous transmettons. Le but n’est pas de se couper de sa lignée, mais de se réconcilier avec elle, d’en extraire la force plutôt que d’en subir les blessures.
Ce travail permet souvent de redécouvrir des ressources oubliées : le courage d’une grand-mère, la créativité d’un oncle, la résilience d’un parent. Derrière les blessures héritées, il y a aussi un héritage de vie, d’amour, de savoir-faire et de valeurs.
Ainsi, en début de parcours personnel, le transgénérationnel n’est pas seulement une démarche thérapeutique, mais une invitation à se situer dans le flux de la vie, à reconnaître les racines d’où l’on vient pour mieux choisir la direction que l’on veut prendre.
De la conscience à la transformation
Explorer le transgénérationnel, c’est passer de la répétition à la création. En devenant conscient de ce que nous portons, nous pouvons poser des actes différents, écrire une autre suite à l’histoire familiale. Cette conscience ouvre la voie à une responsabilité nouvelle : celle de choisir ce que nous voulons continuer à transmettre — ou non.
C’est pourquoi, dès le début d’un travail sur soi, se tourner vers le transgénérationnel, c’est honorer le passé pour libérer le présent. C’est reconnaître que nous sommes le fruit de nombreuses vies, mais aussi la promesse d’une transformation possible.